La course à l’intelligence artificielle entre dans une phase où la disponibilité du capital compte presque autant que celle des puces. Trois signaux récents l’illustrent : un financement privé potentiellement coûteux pour Anthropic, l’extension de ses infrastructures au Canada et le débouclage de positions de marché trop concentrées sur le thème de l’IA.
Selon le Financial Times, Anthropic aurait proposé à des fonds de Blackstone un rendement supérieur à 10 % pour investir 9 milliards de dollars dans une dette garantie par cinq années de loyers sur des puces. Reuters n’a pas pu vérifier cette information de manière indépendante. Si le montage se confirme, il montrerait qu’un laboratoire peut accélérer son accès aux équipements sans les acheter immédiatement, mais au prix d’un engagement financier important et durable.
En parallèle, Anthropic a signé avec EverWind son premier bail canadien pour des capacités de centre de données, à Point Tupper en Nouvelle-Écosse. EverWind prévoit plus de 10 milliards de dollars canadiens d’investissements dans le campus et des projets éoliens associés. Anthropic a consacré 7,33 milliards de dollars à l’informatique et aux infrastructures l’an dernier, trois fois plus qu’en 2024. L’échelle change donc rapidement, tout comme les besoins d’électricité, de raccordement et de financement.
Les marchés commencent à appliquer un filtre plus sévère à cette intensité capitalistique. Les fonds fondamentaux mondiaux long-short ont perdu 2,9 % sur la semaine achevée le 15 octobre, d’après Goldman Sachs. Les gestionnaires spécialisés sur l’Asie ont reculé de 6,8 % sur la première moitié du mois. Dans le crédit, le rendement des obligations de CoreWeave a dépassé 15 % après leur baisse.
Pour l’investisseur, le message est clair : la croissance des revenus ne suffit plus à elle seule. Il faut rapprocher les dépenses d’infrastructure des contrats qui les soutiennent, du coût de la dette, de la durée des engagements et de la valeur résiduelle des équipements. Une entreprise peut disposer d’une forte demande et néanmoins détruire de la valeur si son capital est trop cher ou si ses actifs deviennent obsolètes avant d’être pleinement amortis.
Le prochain tri boursier au sein de l’IA pourrait ainsi opposer moins les gagnants technologiques aux perdants que les modèles capables de financer leur expansion à ceux dont la croissance dépend d’un levier toujours plus onéreux.


