Figma assume un arbitrage clair entre rentabilité immédiate et conquête du marché de l’intelligence artificielle. Son directeur financier, Praveer Melwani, estime que l’éditeur de logiciels de conception pourrait ne pas retrouver rapidement les marges brutes supérieures à 90 % observées par le passé. Au cours de l’année écoulée, la marge brute trimestrielle s’est située autour de 85 %, sous l’effet notamment des investissements consacrés aux nouvelles fonctionnalités d’IA.

Le groupe développe un assistant de conception ainsi que des outils capables de créer des prototypes et des applications web à partir d’instructions textuelles. Ces services ont accompagné une progression régulière du chiffre d’affaires, mais leur coût pèse sur les marges. La direction considère néanmoins que cet effort peut attirer davantage d’utilisateurs et aider Figma à affronter des outils plus sophistiqués développés par des laboratoires spécialisés.

La stratégie repose sur un séquencement en deux temps. Figma cherche d’abord à favoriser l’usage, quitte à accepter une rentabilité inférieure, puis à monétiser cette adoption lorsque la valeur du service est mieux établie. Depuis le début de l’année, l’entreprise applique une tarification fondée sur l’utilisation pour les crédits d’IA. Elle attend de ce modèle des effets plus visibles sur les résultats au cours des prochains trimestres.

Lors de sa conférence Config India, Figma a aussi annoncé un accès élargi à son outil « code layers », de nouvelles fonctions collaboratives et des partenariats avec OpenCode, Meta Muse et Sarvam AI. Ces lancements illustrent sa volonté d’intégrer la conception, le code et les agents au sein d’une même plateforme.

Pour les investisseurs, le débat porte sur la vitesse de conversion de ces investissements en revenus additionnels. L’action a perdu environ 43 % depuis le début de l’année, dans un contexte de vigilance accrue sur les marges et les flux de trésorerie des entreprises technologiques. Une adoption rapide et une monétisation progressive pourraient valider la stratégie ; dans le cas contraire, la pression sur la rentabilité risquerait de durer.