L’avantage compétitif du gaz naturel liquéfié américain pourrait s’éroder si les prix du gaz continuent d’augmenter aux États-Unis. Jesus Bronchalo, directeur général du promoteur Fulcrum LNG, estime que le prix de référence Henry Hub finira par atteindre un niveau rendant certains projets trop coûteux ou insuffisamment compétitifs.
Le message est important pour un secteur engagé dans de nombreux investissements. Le coût du gaz constitue une composante centrale de l’économie d’un terminal de liquéfaction. Lorsque la matière première augmente, les marges peuvent se contracter ou le prix proposé aux acheteurs internationaux devenir moins attractif face à d’autres fournisseurs.
Fulcrum souligne que les États-Unis figurent déjà parmi les pays où la production de GNL est la plus coûteuse. Ce constat doit néanmoins être nuancé par un autre avantage : selon Joshua Lubarsky, président de Seapath Group, la dynamique du prix américain peut apporter une forme de stabilité appréciée des acheteurs. La compétitivité ne dépend donc pas seulement du niveau absolu des coûts, mais aussi de leur prévisibilité et des conditions contractuelles.
Le financement des projets évolue également. Julie Mayo, directrice juridique de Sempra Infrastructure, observe un recours croissant à des fonds de capital-investissement soutenus par des fonds souverains et bénéficiant de l’appui des pouvoirs publics. Ce schéma s’éloigne du financement traditionnel principalement fondé sur la dette externe.
Sempra illustre cette évolution pour son expansion. Le groupe compte parmi les principaux exportateurs américains de GNL grâce à Cameron LNG et Port Arthur, installations déjà productives ou encore en développement. L’arrivée d’investisseurs privés peut répartir les risques et soutenir de nouveaux projets, mais elle modifie aussi le partage de la valeur et les exigences de rendement.
Pour les investisseurs, deux variables doivent être suivies ensemble : le niveau du Henry Hub et la structure de financement. Une hausse durable du gaz peut fragiliser les rendements attendus, tandis qu’un financement plus diversifié peut faciliter la construction. La solidité des contrats d’achat et la maîtrise des coûts détermineront quels projets restent viables.

