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Air Liquide accélère grâce à l’électronique : l’IA devient un puissant moteur de croissance

Air Liquide accélère au premier semestre 2026 grâce à l’électronique et à l’IA. Résultats, investissements records, marges et risques pour l’action.

BOURSE

8/9/202614 min lire

air oxygen tank illustration
air oxygen tank illustration

Après un début d’année relativement modeste, Air Liquide a retrouvé davantage de dynamisme au deuxième trimestre 2026. Le spécialiste mondial des gaz industriels profite notamment de la multiplication des investissements dans les semi-conducteurs, alimentée par le développement de l’intelligence artificielle.

L’électronique ne représente encore qu’environ 10 % des revenus du groupe. Mais son poids dans les investissements futurs est beaucoup plus important. Air Liquide a consacré plus d’un milliard d’euros de décisions d’investissement à cette activité au premier semestre, tandis que l’électronique représente près de la moitié du portefeuille de projets susceptibles d’être décidés au cours des douze prochains mois.

Ce décalage entre le poids actuel de l’activité et son importance dans les projets futurs pourrait profondément modifier le profil de croissance d’Air Liquide au cours des prochaines années.

Air Liquide accélère au deuxième trimestre 2026

Le premier trimestre avait laissé les investisseurs sur leur faim. La croissance comparable du chiffre d’affaires s’était limitée à 1,9 %, dans un environnement industriel toujours fragile, particulièrement en Europe et dans certaines régions d’Asie.

La situation s’est sensiblement améliorée au printemps. Au deuxième trimestre, la croissance comparable a atteint 3,5 %. Le chiffre d’affaires du groupe s’est ainsi élevé à 13,83 milliards d’euros sur l’ensemble du premier semestre 2026.

La progression ressort à seulement 0,8 % en données publiées, principalement en raison d’un effet de change défavorable de 3,6 %. Mais cette lecture ne reflète pas totalement la dynamique opérationnelle du groupe.

Hors effets de change et d’énergie, et en intégrant l’acquisition de DIG Airgas, les ventes ont progressé de 4,3 %. À périmètre comparable, la croissance atteint 2,6 %. Ces différentes mesures illustrent l’importance des effets de devises et de périmètre dans l’analyse des résultats d’un groupe aussi international qu’Air Liquide. Source : résultats semestriels 2026 d’Air Liquide

L’amélioration enregistrée au deuxième trimestre constitue donc un signal encourageant. Elle montre que le groupe peut retrouver une croissance plus soutenue malgré un environnement industriel encore hésitant.

L’électronique devient le principal moteur de croissance

Parmi les différentes activités d’Air Liquide, l’électronique affiche la progression la plus spectaculaire.

Les ventes de cette division ont augmenté de 6,2 % à données comparables au premier semestre, pour atteindre 1,32 milliard d’euros. La dynamique s’est nettement renforcée au deuxième trimestre, avec une croissance comparable de 9,5 %.

En Asie-Pacifique, région stratégique pour l’industrie mondiale des semi-conducteurs, les ventes électroniques ont progressé de 9,3 % au premier semestre et de 13,2 % au seul deuxième trimestre.

Cette accélération repose notamment sur la demande en gaz vecteurs, en gaz ultra-purs et en matériaux avancés. Ces produits sont indispensables aux différentes étapes de fabrication des semi-conducteurs. Plus les puces deviennent complexes, plus les procédés de production nécessitent des environnements contrôlés et des matériaux extrêmement purs.

L’intelligence artificielle renforce cette tendance. Le développement des centres de données et des modèles d’IA exige des processeurs toujours plus performants, mais également davantage de mémoire à haute bande passante, appelée HBM. La fabrication de ces composants nécessite des investissements industriels considérables de la part des producteurs de puces.

Air Liquide bénéficie indirectement de cette course à la puissance informatique. Le groupe ne fabrique pas de semi-conducteurs, mais fournit une partie des infrastructures et des consommables indispensables à leur production.

Cette position lui permet d’être exposé à l’essor de l’intelligence artificielle sans dépendre directement du succès commercial d’un fabricant de puces en particulier.

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Plus d’un milliard d’euros investis dans l’électronique

La véritable information stratégique du semestre ne se trouve pas seulement dans la croissance actuelle des ventes. Elle réside surtout dans l’ampleur des investissements engagés pour préparer les prochaines années.

Les décisions d’investissement industrielles et financières d’Air Liquide ont atteint 2,9 milliards d’euros au premier semestre 2026, soit une progression de 27 % sur un an. Il s’agit d’un niveau record.

Plus d’un milliard d’euros de décisions ont concerné l’électronique. Ce montant dépasse de 46 % l’ensemble des décisions d’investissement prises dans cette activité pendant toute l’année 2025.

Plusieurs projets majeurs ont été annoncés :

  • près de 200 millions d’euros seront investis en Corée du Sud pour accompagner SK hynix dans la fabrication et le conditionnement de mémoires HBM ;

  • plus de 170 millions de dollars seront engagés dans l’Indiana afin d’approvisionner le premier site américain de SK hynix ;

  • 200 millions d’euros seront investis à Hiroshima pour construire deux unités de production de gaz destinées aux semi-conducteurs avancés ;

  • de nouvelles capacités seront déployées en Arizona et dans l’Idaho pour accompagner l’augmentation de la production américaine de puces ;

  • une usine de matériaux avancés a été mise en service à Taïwan, au cœur de l’un des principaux écosystèmes mondiaux des semi-conducteurs.

Ces investissements s’inscrivent dans des contrats de long terme. Air Liquide construit généralement les unités de production à proximité des usines de ses clients, puis leur fournit les gaz nécessaires pendant de nombreuses années.

Ce modèle crée une forte proximité industrielle et rend le remplacement d’un fournisseur complexe. Une fois l’installation mise en service, les revenus peuvent devenir récurrents et relativement prévisibles.

Un carnet d’investissements record de 6 milliards d’euros

Le carnet de projets en cours d’exécution a atteint 6 milliards d’euros à la fin du premier semestre, contre 4 milliards à la mi-2024. Il a ainsi progressé de 50 % en deux ans.

Ce carnet comprend plus de 70 projets. Il est réparti de manière relativement équilibrée entre la Grande Industrie et l’électronique, principalement en Asie et en Europe, ainsi que dans une moindre mesure en Amérique.

Plusieurs mises en service importantes sont attendues à partir du quatrième trimestre 2026, notamment dans l’électronique en Asie et dans les projets de transition énergétique en Europe.

Le portefeuille de projets susceptibles de faire l’objet d’une décision au cours des douze prochains mois atteint également un record de 4,8 milliards d’euros. L’électronique en représente environ la moitié. En incluant les opportunités à plus long terme, le portefeuille total dépasse 10 milliards d’euros.

Ces montants donnent à Air Liquide une visibilité importante sur sa croissance future. Mais il faut distinguer trois étapes :

  1. la détection d’une opportunité commerciale ;

  2. la décision d’investissement et l’entrée du projet dans le carnet ;

  3. la construction, la mise en service et la génération effective de chiffre d’affaires.

Un carnet record ne se transforme donc pas immédiatement en bénéfices. Les projets peuvent nécessiter plusieurs années avant de contribuer pleinement aux résultats. C’est précisément ce décalage qui explique une partie de la prudence du marché après la publication.

DIG Airgas renforce Air Liquide en Corée du Sud

L’acquisition de DIG Airgas constitue un autre élément central de la stratégie électronique d’Air Liquide.

Finalisée en janvier 2026 pour environ 3 milliards d’euros, l’opération permet au groupe de renforcer considérablement sa présence en Corée du Sud, l’un des principaux centres mondiaux de production de semi-conducteurs, de puces mémoire et de batteries.

Grâce à cette acquisition, Air Liquide double ses effectifs dans le pays et porte son chiffre d’affaires local à environ 900 millions d’euros. DIG Airgas dispose déjà d’infrastructures, de relations commerciales et d’une forte implantation auprès des industriels sud-coréens.

Cette présence locale a notamment facilité la signature de nouveaux projets avec SK hynix. Air Liquide peut proposer à ses clients une combinaison d’infrastructures existantes, de nouvelles capacités de production et de technologies spécialisées.

L’acquisition accélère donc le développement du groupe en Asie. Elle augmente toutefois également son endettement et son exposition au cycle des semi-conducteurs.

Les marges progressent plus vite que le chiffre d’affaires

La croissance des ventes ne constitue pas le seul point positif du semestre. Air Liquide poursuit également l’amélioration de sa rentabilité.

Le résultat opérationnel courant a atteint 2,89 milliards d’euros, en hausse de 5,7 % en données publiées et de 10,2 % hors effet de change. Il progresse donc nettement plus rapidement que le chiffre d’affaires.

La marge opérationnelle publiée s’établit à 20,9 %, contre 19,9 % un an plus tôt. Hors effets liés à l’énergie et à l’allocation du prix d’acquisition de DIG Airgas, l’amélioration atteint 110 points de base.

Air Liquide dépasse ainsi légèrement son objectif annuel d’une augmentation de 100 points de base. Le groupe vise une nouvelle progression de même ampleur en 2027, ce qui porterait l’amélioration cumulée de la marge à 560 points de base entre 2022 et 2027.

Cette performance s’explique notamment par 299 millions d’euros de gains d’efficacité réalisés au premier semestre. Air Liquide agit sur la consommation d’énergie, les achats, l’organisation industrielle, la maintenance et la digitalisation de ses opérations.

L’activité Industriel Marchand a également bénéficié d’une politique tarifaire dynamique. Ses ventes ont progressé de 3,2 % à données comparables, avec un effet prix de 4,2 %. Même en Chine, où la tendance avait été difficile, les prix sont redevenus positifs au deuxième trimestre.

Cette capacité à augmenter les prix tout en améliorant la productivité constitue l’un des principaux atouts du modèle économique d’Air Liquide.

Des résultats solides malgré l’effet négatif des devises

Le résultat net part du groupe s’est élevé à 1,82 milliard d’euros, en hausse de 1,2 % en données publiées. Cette progression relativement faible s’explique notamment par l’évolution défavorable des devises.

Le résultat net récurrent offre une lecture plus représentative de la performance opérationnelle. Il atteint 1,92 milliard d’euros, en hausse de 4,4 % en données publiées et de 9,9 % hors effet de change.

La capacité d’autofinancement avant variation du besoin en fonds de roulement a atteint 3,37 milliards d’euros. Elle progresse de 3,7 % en données publiées et de 7,9 % hors effet de change.

Cette génération de trésorerie est essentielle. Air Liquide doit simultanément financer ses investissements industriels, intégrer DIG Airgas, rémunérer ses actionnaires et maintenir la solidité de son bilan.

L’endettement devient un point de vigilance

La multiplication des investissements et l’acquisition de DIG Airgas ont logiquement pesé sur la dette.

L’endettement net atteignait 13,9 milliards d’euros à la fin du mois de juin 2026, soit une augmentation de 5,5 milliards d’euros depuis la fin de l’année 2025. Cette évolution s’explique principalement par l’acquisition sud-coréenne, le paiement du dividende et les dépenses industrielles.

Le ratio d’endettement net rapporté aux capitaux propres, ajusté de la saisonnalité du dividende, s’établissait à 45,1 %, contre 31,2 % à la fin de 2025.

Ce niveau ne remet pas en cause la solidité financière du groupe, mais il réduit temporairement sa marge de manœuvre. Les investisseurs devront surveiller la capacité d’Air Liquide à convertir rapidement ses investissements en nouveaux flux de trésorerie.

Le rendement récurrent des capitaux employés est resté stable à 11 %. Cette stabilité est rassurante compte tenu du nombre élevé de projets encore en construction, qui mobilisent du capital avant de générer des revenus.

La Grande Industrie reste à la traîne

Tous les métiers ne progressent pas au même rythme. Les ventes de la Grande Industrie ont reculé de 0,6 % à données comparables au premier semestre.

La demande est restée faible en Europe et en Asie, notamment dans certaines activités liées à la chimie, au raffinage, à l’acier et à la cogénération. La bonne tenue des réseaux de canalisations sur la côte américaine du golfe du Mexique a presque compensé cette faiblesse.

Cette situation rappelle qu’Air Liquide reste exposé à la conjoncture industrielle mondiale. L’électronique, la santé et l’Industriel Marchand améliorent la diversification du groupe, mais ne font pas totalement disparaître le risque cyclique.

La santé a pour sa part progressé de 4,2 %, soutenue par le développement de nouvelles offres de gaz médicaux et par l’augmentation du nombre de patients pris en charge à domicile. Cette activité apporte une croissance plus régulière et moins dépendante de l’industrie.

Le risque d’une bulle de l’intelligence artificielle

L’accélération des investissements dans les semi-conducteurs constitue une opportunité majeure, mais elle crée également un nouveau risque.

Une partie des projets annoncés par les fabricants de puces dépend des anticipations de croissance de l’intelligence artificielle. Si la demande en centres de données ou en processeurs ralentissait, certains investissements pourraient être reportés.

Le modèle contractuel d’Air Liquide limite néanmoins ce risque. Les unités sont généralement développées dans le cadre d’engagements de long terme avec des industriels de premier plan. Les contrats comportent souvent des volumes minimaux ou des montants garantis, ce qui améliore la visibilité sur les revenus futurs.

Le principal risque ne réside donc pas nécessairement dans l’annulation brutale des contrats existants. Il se situe plutôt dans un ralentissement des nouvelles décisions d’investissement, une montée de la concurrence ou une rentabilité plus faible que prévu sur les projets très capitalistiques.

L’électronique affiche en effet une intensité capitalistique élevée. Air Liquide indique que le rapport entre les investissements et les ventes futures peut dépasser quatre pour certains projets. Le groupe doit donc maintenir une discipline rigoureuse dans la sélection des contrats et le rendement des capitaux investis.

Pourquoi le marché est resté prudent

Les résultats du premier semestre sont solides, mais ils étaient globalement proches des attentes. Le résultat opérationnel courant est même ressorti légèrement inférieur au consensus cité par Reuters.

Après une forte progression de l’action depuis le début de l’année, certains investisseurs espéraient probablement une accélération plus marquée des bénéfices ou un relèvement des objectifs.

La réaction réservée du marché traduit ainsi moins une déception sur la qualité de l’entreprise qu’une exigence élevée. Le carnet de commandes de 6 milliards d’euros constitue une promesse de croissance, mais cette promesse doit encore se matérialiser dans les ventes, les bénéfices et la trésorerie. Source : Reuters, 28 juillet 2026

Quelles perspectives pour Air Liquide en 2026 ?

Pour la deuxième partie de l’année, Air Liquide prévoit une croissance comparable à celle du premier semestre, voire légèrement supérieure.

Le groupe confirme également ses objectifs :

  • améliorer sa marge opérationnelle de 100 points de base en 2026 ;

  • enregistrer une croissance du résultat net récurrent à taux de change constant ;

  • améliorer de nouveau sa marge de 100 points de base en 2027.

Les démarrages de plusieurs unités au quatrième trimestre pourraient commencer à transformer le carnet d’investissements en revenus supplémentaires. L’effet devrait toutefois être progressif et se prolonger sur plusieurs exercices.

La prochaine journée investisseurs, prévue le 5 octobre 2026, sera particulièrement importante. Air Liquide pourrait y préciser ses objectifs de croissance, ses priorités d’investissement et la contribution attendue de l’électronique. La publication du chiffre d’affaires du troisième trimestre interviendra ensuite le 29 octobre. Source : calendrier financier d’Air Liquide

Faut-il acheter l’action Air Liquide après les résultats ?

Air Liquide conserve les caractéristiques d’une valeur de qualité : un modèle économique défensif, des contrats de longue durée, une forte capacité à augmenter ses prix, des gains réguliers de productivité et une exposition à plusieurs tendances structurelles.

Le premier semestre renforce cette analyse. La croissance accélère, les marges progressent et le groupe dispose d’un carnet de projets sans précédent. L’électronique et l’intelligence artificielle peuvent devenir des moteurs de croissance particulièrement puissants au cours des prochaines années.

Pour autant, le dossier ne repose plus seulement sur la qualité historique du groupe. Air Liquide doit maintenant démontrer qu’il peut convertir ses investissements records en croissance rentable.

Trois indicateurs seront déterminants :

  • le rythme de mise en service des projets du carnet ;

  • le maintien d’une croissance élevée dans l’électronique ;

  • la réduction progressive de l’endettement après l’acquisition de DIG Airgas.

La thèse d’investissement apparaît donc renforcée sur le plan opérationnel, mais elle demande encore des preuves sur la conversion du carnet de projets en résultats.

Pour un investisseur de long terme, Air Liquide reste une entreprise solide, bien positionnée sur l’électronique, la santé, la réindustrialisation américaine et la transition énergétique. La qualité de l’entreprise ne dispense cependant pas de rester attentif à la valorisation, au niveau d’endettement et au rendement réel des investissements engagés.

Conclusion

Air Liquide est en train de changer d’échelle dans l’électronique. Cette activité représente encore une part minoritaire de ses revenus, mais elle concentre désormais une part majeure des investissements et des opportunités commerciales.

L’intelligence artificielle ne profite donc pas uniquement aux fabricants de processeurs ou aux opérateurs de centres de données. Elle bénéficie aussi à des fournisseurs industriels moins visibles, mais indispensables à la fabrication des puces.

Avec 6 milliards d’euros de projets en cours, plus de 10 milliards d’euros d’opportunités identifiées et une marge opérationnelle en hausse, Air Liquide dispose de solides leviers pour prolonger sa croissance.

Le véritable test commencera désormais avec la mise en service des nouvelles unités. C’est à ce moment que les investissements records devront se transformer en chiffre d’affaires, en bénéfices et en trésorerie. La journée investisseurs du 5 octobre devrait apporter de nouveaux éléments pour mesurer le potentiel réel de cette accélération.

Cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Chaque investisseur doit tenir compte de ses objectifs, de son horizon de placement et de sa tolérance au risque.

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