La correction des valeurs liées à l’intelligence artificielle remet au premier plan la question de la rentabilité. En cinq séances, l’indice SOXX des semi-conducteurs a perdu près de 9 %. Western Digital, SanDisk et Seagate ont cédé plus de 5 % lors de la séance de mercredi, Micron a reculé de 4,3 %, tandis que SK Hynix et Samsung ont également été sous pression.
Plusieurs facteurs se cumulent. Une nouvelle puce mémoire du chinois CXMT a ravivé la crainte d’une surproduction à l’horizon 2029, alors que les industriels investissent massivement dans leurs capacités. Parallèlement, l’inflation américaine a atteint 3,7 % sur un an en septembre, renforçant la perspective d’un relèvement des taux de la Réserve fédérale en décembre. Des taux plus élevés réduisent la valeur actuelle des bénéfices futurs et rendent les valorisations technologiques plus exigeantes.
La question centrale concerne toutefois le rendement des dépenses engagées. Selon les données citées par Carmignac, les investissements des grands opérateurs du cloud et de l’infrastructure pourraient dépasser 1 200 milliards de dollars en 2027, contre moins de 200 milliards en 2023. Ce changement d’échelle pèse sur les flux de trésorerie. RBC BlueBay observe des signes de stabilisation, sans conclure à la fin du cycle.
Les attentes de revenus des développeurs d’IA ont aussi été révisées. Des estimations citées dans l’analyse situent le chiffre d’affaires annualisé 2026 d’Anthropic sous 100 milliards de dollars, contre 110 milliards auparavant, et celui d’OpenAI à 50 milliards, contre 70 milliards précédemment envisagés.
Le scénario n’est cependant pas celui d’un arrêt brutal des investissements. La concurrence entre groupes technologiques les pousse à maintenir leurs capacités. L’essor de l’IA agentique élargit en outre les besoins au-delà de l’entraînement : processeurs, mémoire, stockage, réseaux et énergie restent nécessaires lors du déploiement.
Pour les investisseurs, la sélection devient plus importante que l’exposition générale au thème. Les fournisseurs d’infrastructures peuvent conserver un avantage, mais leurs marges, leurs carnets de commandes et leur discipline d’investissement doivent justifier les valorisations.

