Le marché du crédit envoie un signal de prudence sur le financement de l’intelligence artificielle. Le coût de la protection contre le défaut de plusieurs entreprises technologiques américaines a atteint des niveaux records, alors que les investisseurs s’interrogent sur le délai nécessaire pour transformer les investissements dans les centres de données en bénéfices et en flux de trésorerie.

Les swaps de défaut de crédit, ou CDS, mesurent le prix demandé pour s’assurer contre un événement de crédit. Plus leur écart est élevé, plus le risque perçu augmente. Pour Oracle, le spread à cinq ans a progressé de 26 points de base en une séance, jusqu’à un record de 288 points de base. Ce niveau correspond à un coût annuel de 2,88 dollars pour protéger 100 dollars d’obligations.

La tension est plus marquée encore chez les acteurs fortement endettés. Le spread à cinq ans de SoftBank s’est élargi de 24 points de base à 424 points de base. Celui de CoreWeave a dépassé 1 000 points de base. L’opérateur de centres de données, déficitaire et endetté à hauteur de près de 50 milliards de dollars selon LSEG, voit également ses obligations arrivant à échéance en 2032 s’échanger autour de 77 cents pour un dollar. Son action a perdu 15 % mercredi, puis encore 6 % après la clôture.

Les CDS d’Amazon, Alphabet, Meta et Nvidia ont eux aussi atteint des records, mais leurs spreads restent nettement inférieurs à celui d’Oracle. Cette distinction est importante : le marché ne remet pas uniformément en cause le thème de l’IA. Il commence plutôt à différencier les bilans, la visibilité des revenus, le coût du financement et la capacité de chaque groupe à absorber des dépenses d’infrastructure très élevées.

Pour les investisseurs, le crédit complète donc le signal envoyé par les actions. Une hausse persistante des spreads peut renchérir les refinancements, réduire la flexibilité financière et augmenter la prime de risque appliquée aux entreprises dont le modèle dépend d’hypothèses de croissance lointaines. Le point clé sera de vérifier si la tension reste concentrée sur quelques dossiers ou s’étend à l’ensemble de l’écosystème.