Dans les coulisses des portefeuilles : ce que les meilleurs achètent (et vendent)
Une série de listes récapitule les principales positions détenues par ces fonds, offrant une vision claire des valeurs privilégiées par ces professionnels de la finance.
BOURSEÀ LA UNE
Le signal derrière le bruit du marché
Le mois de février a rappelé une vérité fondamentale de l'investissement : derrière les fluctuations quotidiennes des indices se cachent des stratégies de conviction mûrement réfléchies. Pour l'investisseur averti, observer les mouvements des grands gérants de la place ne revient pas à suivre la foule, mais à décrypter les signaux faibles et les arbitrages tactiques. En analysant les derniers mouvements de portefeuilles, on découvre une cartographie précise des attentes économiques actuelles, où la recherche de valeur réelle l'emporte sur l'euphorie passagère. Plongeons dans les arbitrages de février pour comprendre où se positionne l'argent intelligent.
Le "Paradoxe Dassault" : Pourquoi l'aviation décolle quand le logiciel stagne
L'un des faits les plus marquants de février réside dans l'arbitrage opéré au sein de l'écosystème Dassault. Alors que les deux entités partagent un nom prestigieux, les gérants ont fait un choix radicalement différent pour chacune d'elles, privilégiant l'industrie tangible au détriment des services numériques.
D'un côté, Dassault Aviation a bénéficié d'un fort courant acheteur, porté par William Higgons (Indépendance et Exp. Small FCE) et Fong Sengsiry (Groupama France Active Equity). Pour William Higgons, ce renforcement n'est pas anecdotique : la valeur représente désormais 3,8 % de son fonds, affirmant son statut de ligne de conviction. Ce mouvement s'appuie sur des catalyseurs industriels concrets, comme le souligne le gérant :
« En février, le fonds s’est renforcé en Dassault Aviation à la suite des annonces relatives à la commande indienne. »
À l'inverse, Dassault Systèmes a subi des pressions vendeuses de la part de Romain Burnand (Moneta Multicaps) et Fong Sengsiry. Cet arbitrage illustre une préférence marquée pour les carnets de commandes militaires et civils remplis, face à un secteur logiciel dont les perspectives de court terme semblent moins catalysatrices aux yeux de ces stratèges.
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Défense et Haute Technologie : Les nouveaux piliers de croissance
Le secteur de la défense et de l'aéronautique de précision confirme son statut de moteur de performance. Alors que des géants comme Safran et Airbus constituent déjà des piliers historiques pour des gérants comme Nicolas Johnson (6,3 % et 5,7 % du fonds respectivement) ou Fong Sengsiry (7,2 % et 5,9 %), les gérants cherchent désormais à capter de la valeur sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.
Les achats se sont concentrés sur plusieurs acteurs stratégiques :
Figeac, Lumibird et Lisi : Des lignes complétées par Jean-François Delcaire (HMG Découvertes) pour renforcer l'exposition à la supply chain aéronautique et à la défense.
STMicroelectronics : Romain Burnand mise sur une stratégie de "mean reversion" technologique, identifiant des leviers à moyen terme tels que les satellites et le redressement du marché des smartphones.
ArcelorMittal : Intégrée par Fong Sengsiry pour s'exposer aux produits de base essentiels à la reconstruction industrielle.
Stratégies Contrariennes : Parier sur le "Value" et les retardataires
Romain Burnand a déployé en février une logique contrarienne rigoureuse, cherchant à fermer l'écart de valorisation là où le marché est resté timoré. L'idée est de se positionner sur des actifs liquides qui n'ont pas encore pleinement profité du rallye boursier, tout en évitant les risques de disruption.
« Nous avons acheté Crédit Agricole, banque en retard par rapport aux deux autres françaises, et Vonovia, une valeur “non disruptée” à la traîne et très liquide », explique le gérant de Moneta Multicaps.
Cette approche privilégie la sécurité de la liquidité et le potentiel de rattrapage, notamment pour Vonovia dans un secteur immobilier souvent délaissé, mais jugé ici solide face aux évolutions structurelles du marché. Dans la même veine, Scander Bentchikou (Lazard Actions Euro) s'est intéressé à Unibail-Rodamco, signalant un retour sélectif sur l'immobilier commercial de qualité.
L'Art de l'arbitrage : Cessions tactiques et recyclage du capital
La gestion active repose autant sur l'art d'acheter que sur la discipline de vendre. Les cessions de février répondent à des logiques de financement d'opportunités plus prometteuses ou de sorties de dossiers jugés survalorisés.
Financement industriel : Fong Sengsiry a participé à l'augmentation de capital d'Engie pour financer l'acquisition stratégique de UKPN au Royaume-Uni. Pour dégager ces liquidités, elle a soldé ses positions sur Pernod Ricard et réduit la voilure sur Capgemini et Publicis.
Divergence de vues : Alors que Fong Sengsiry allégeait Publicis, Vincent Imenuraët (R-Co Convictions France) en faisait l'acquisition, illustrant des lectures différentes des cycles publicitaires.
Discipline de prix : William Higgons s'est allégé en Rexel, estimant la valeur désormais survalorisée. De son côté, Romain Burnand a quitté Stellantis, jugeant la situation actuelle du constructeur peu engageante.
Arbitrages techniques : Alain du Brusle (Claresco Avenir) a opéré une sortie de Lagardère au profit de Louis Hachette, un mouvement de "pure play" visant à optimiser l'exposition au secteur des médias.
Focus : La chasse aux pépites et la mobilité tactique
Le segment des petites capitalisations reste un terrain de chasse privilégié où la réactivité est de mise. Jean-François Delcaire a profité de la volatilité pour opérer des "réinitiations" stratégiques, notamment sur 74Software après une chute de cours ayant ramené la valorisation à des niveaux "très raisonnables". Il a également complété sa ligne sur Sidetrade.
L'activité d'Alain du Brusle illustre une "mobilité active" typique des gérants performants : après avoir acheté Sidetradeet participé à l'introduction en Bourse de Rising Stone en début de mois, il a rapidement pris ses profits pour sortir de ces mêmes lignes, préférant renforcer ses convictions sur Vallourec (3,1 % de son fonds), FDE ou Vision. Enfin, dans le secteur des équipements, Edwin Faure (Placeuro Abacus Discovery) a su couper ses profits sur Kitrion après une forte hausse pour pivoter vers R&S Group.
Vers une gestion plus sélective
Les mouvements de février dessinent une tendance claire : une rotation vers l'industrie lourde et tangible (Défense, Aviation, Énergie) et une vigilance accrue sur les multiples de valorisation. Les gérants délaissent les valeurs dont le narratif s'essouffle (Dassault Systèmes, Stellantis) pour se concentrer sur des dossiers présentant des catalyseurs de croissance à moyen terme ou des potentiels de rattrapage ignorés par l'indice.
Cette discipline de fer rappelle que la performance durable ne vient pas de la passivité, mais de la capacité à recycler son capital vers les opportunités où la valeur réelle est encore à découvrir.
Et vous, vos derniers arbitrages reflètent-ils une recherche de valeur intrinsèque ou une simple réaction à l'euphorie du marché ?
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